Emploi

Recharger sa voiture électrique de fonction au bureau : droits et règles en 2026

Par Caroline 25 septembre 2026 14 min de lecture

Salarié branchant sa voiture électrique sur une borne de recharge dans le parking de son entreprise

Recharger sa voiture électrique de fonction au bureau est tout à fait possible dans les entreprises équipées, mais la recharge en entreprise n’est pas un droit automatique inscrit dans le Code du travail. En 2026, les obligations légales progressent côté employeur, et les avantages fiscaux liés à la recharge se précisent. Voici ce que vous devez savoir concrètement pour faire valoir vos intérêts ou équiper votre parc de véhicules électriques.

Les points clés à retenir avant tout

Il n’existe pas de droit légal pour un salarié d’exiger l’accès à une borne de recharge sur son lieu de travail. La loi impose des obligations croissantes aux entreprises, mais elles portent sur le pré-équipement des parkings, pas sur la mise à disposition effective d’une borne pour chaque collaborateur.

Les entreprises dont les parkings font l’objet de travaux sont désormais contraintes de prévoir des pré-équipements pour bornes de recharge. En 2026, cette obligation s’étend progressivement aux parkings existants des entreprises de plus de 20 salariés. L’installation de bornes reste néanmoins à l’initiative de l’employeur.

Sur le plan fiscal, la recharge d’un véhicule de fonction sur le lieu de travail n’est pas traitée comme un avantage en nature imposable, à condition que l’entreprise dispose d’une infrastructure dédiée et d’une politique formalisée. C’est un point souvent méconnu, qui peut pourtant influencer les décisions d’un employeur encore hésitant.

La politique de recharge des véhicules électriques au travail : où en est-on ?

L’idée reçue la plus répandue est que brancher sa voiture électrique au bureau va de soi, comme on chargerait un téléphone. En réalité, la situation dépend entièrement du cadre que l’employeur a mis en place, et les pratiques varient fortement d’une entreprise à l’autre.

Dans les grandes structures, une charte mobilité ou un accord d’entreprise fixe les règles du jeu : qui peut recharger, à quelle heure, pour quel type de véhicule, et à quel coût. Dans les PME, la pratique est souvent informelle, ce qui crée des inégalités entre salariés et des risques fiscaux non identifiés. L’absence de règles claires peut entraîner une requalification en avantage en nature lors d’un contrôle URSSAF.

Le nombre de véhicules électriques dans les flottes d’entreprise a fortement augmenté depuis 2022, poussé par la fiscalité avantageuse des voitures de fonction électriques et les objectifs de décarbonation des grandes entreprises. Cette croissance rend la question de la recharge au bureau de plus en plus urgente à traiter.

Pour les salariés qui souhaitent comprendre le cadre juridique de leur employeur avant d’engager une négociation sur ce sujet, consulter la définition d’une entreprise peut aider à identifier les interlocuteurs compétents selon la structure juridique choisie.

Existe-t-il un droit à la prise en entreprise ?

Non. Ce que la loi prévoit en matière de droit à la prise concerne les copropriétés et les bailleurs, pas les employeurs. Issu de la loi du 12 juillet 2010, ce texte permet à un locataire ou propriétaire d’un logement de demander l’installation d’une borne de recharge dans son immeuble. Il ne s’applique pas à la relation de travail.

Dans le cadre professionnel, c’est l’accord de l’employeur qui conditionne l’accès à la recharge. Cet accord peut prendre différentes formes : accord collectif négocié avec les partenaires sociaux, note de service interne, charte mobilité, ou simple tolérance de fait. Cette dernière est la plus risquée car elle ne protège ni l’employeur ni le salarié.

Si vous souhaitez faire évoluer la situation dans votre entreprise, les représentants du personnel sont vos alliés naturels. Le comité social et économique (CSE) peut porter cette demande dans le cadre de ses attributions en matière de qualité de vie au travail. Une démarche collective est toujours plus efficace qu’une demande individuelle.

Pré-équipement et installation de bornes : ce que dit la loi

La loi LOM de 2019, complétée par la directive européenne sur la performance énergétique des bâtiments, a posé des obligations progressives de pré-équipement des parkings d’entreprise. Ces obligations ne portent pas sur l’installation immédiate de bornes, mais sur la préparation de l’infrastructure électrique.

Depuis mars 2021, tout bâtiment tertiaire neuf ou faisant l’objet d’une rénovation importante, avec un parking de plus de 10 places, doit prévoir des pré-équipements : gaines, câblage électrique et tableaux de protection permettant l’installation future de bornes. En 2025, cette obligation a été étendue aux rénovations des parkings existants pour les entreprises de plus de 20 salariés.

Les objectifs fixés au niveau européen prévoient qu’en 2030, au moins un point de recharge soit disponible pour 10 places de parking dans les bâtiments non résidentiels. La France a intégré ces objectifs dans sa réglementation, avec des paliers progressifs qui se resserrent chaque année.

  • Bâtiment tertiaire neuf avec parking de plus de 10 places : pré-équipement obligatoire depuis mars 2021.
  • Rénovation lourde d’un parking existant : mêmes exigences selon le montant des travaux.
  • Entreprises de plus de 20 salariés : obligations progressives sur les parkings existants depuis 2025.
  • Objectif 2030 : 1 point de recharge pour 10 places dans tous les parkings non résidentiels.

La volonté de l’entreprise : le facteur décisif

Au-delà du cadre légal, c’est bien la politique de l’entreprise qui détermine si les collaborateurs peuvent ou non brancher leur véhicule électrique sur le parking. Les raisons de s’équiper sont nombreuses, bien au-delà de la seule obligation réglementaire.

Proposer des bornes de recharge fait aujourd’hui partie des éléments qui soutiennent l’attractivité de l’employeur. Dans un marché du travail où les candidats comparent les packages proposés, une flotte électrique accompagnée d’une infrastructure de recharge sur site constitue un avantage concret. Les secteurs industriels et technologiques misent sur ces éléments pour fidéliser leurs talents.

La décision d’investir dans des bornes implique plusieurs directions : les ressources humaines pour le volet avantages salariés, les services généraux pour le volet technique, et la direction financière pour le retour sur investissement. Un projet bien préparé avec ces trois parties prenantes a bien plus de chances d’aboutir rapidement.

Pour les entreprises encore en attente, il faut retenir que l’inaction a un coût : des salariés qui branchent leur véhicule sur des prises industrielles non prévues à cet effet, une consommation électrique non contrôlée, et des tensions sur les priorités d’accès. Autant de problèmes qui s’évitent avec un cadre clair dès le départ.

Notre conseilAvant de soumettre un projet d’installation de bornes à votre direction, réalisez un sondage auprès de vos collègues pour quantifier les besoins actuels et à venir. Un dossier chiffré : nombre de véhicules électriques, projection à 3 ans, coût estimé versus aides disponibles : convainc bien plus efficacement qu’une demande isolée.

Les avantages d’une politique de recharge bien encadrée

Une politique formalisée profite à tous les acteurs. Pour le salarié, c’est la garantie de partir chaque matin avec un véhicule chargé, sans dépendre d’une borne publique indisponible le soir. Pour l’entreprise, c’est la maîtrise des coûts d’énergie et la sécurisation juridique des pratiques.

Sur le plan social et fiscal, la mise à disposition d’une borne par l’employeur pour recharger un véhicule de fonction n’est pas soumise à cotisations sociales, sous certaines conditions précises : la borne doit être installée sur le lieu de travail, et l’électricité doit être fournie directement par l’employeur. Dès lors que ces conditions sont remplies, aucun avantage en nature n’est à déclarer.

Pour les véhicules personnels des salariés, l’employeur peut contribuer aux frais de recharge dans le cadre du forfait mobilités durables, avec des exonérations de charges sociales dans la limite fixée chaque année par l’administration. Cette contribution s’ajoute aux autres avantages liés à la mobilité durable.

Disposer d’une infrastructure de recharge améliore aussi l’image RSE de l’entreprise. Dans les appels d’offres, notamment publics, la mention d’une flotte électrique et d’une politique de mobilité durable est de plus en plus prise en compte comme critère de sélection.

Rangée de bornes de recharge pour véhicules électriques dans un parking de bureaux

Les défis concrets pour les entreprises qui veulent s’équiper

Le premier obstacle est souvent technique : la capacité électrique du bâtiment s’avère parfois insuffisante pour alimenter simultanément plusieurs bornes. Avant tout investissement, une étude de faisabilité menée par un électricien spécialisé est indispensable. Elle peut révéler la nécessité d’un renforcement du raccordement, ce qui alourdit significativement le budget global.

Le second défi est organisationnel : combien de bornes installer par rapport au nombre de véhicules électriques en flotte ? Faut-il les réserver aux voitures de société ou les ouvrir aux véhicules personnels des salariés ? Comment gérer les priorités d’accès aux heures de pointe ? Ces questions méritent d’être anticipées pour éviter les conflits d’usage.

Le volet financier est souvent celui qui bloque les projets. Une borne de 7 kW coûte entre 800 et 1 500 euros hors pose. Une borne rapide de 22 kW dépasse souvent 3 000 euros. Multiplié par le nombre de places à équiper, l’investissement devient conséquent, d’autant qu’il faut y ajouter les logiciels de supervision pour gérer les accès et facturer la consommation.

Les travaux doivent obligatoirement être réalisés par des électriciens qualifiés IRVE (Infrastructure de Recharge pour Véhicules Électriques) pour toute installation supérieure à 3,7 kW par point de charge. Cette certification garantit la conformité de l’installation et est exigée pour bénéficier de certaines aides.

Aides et subventions pour installer des bornes en entreprise : que reste-t-il en 2026 ?

Le programme ADVENIR, piloté par l’Avere-France, reste le dispositif principal de soutien à l’installation de bornes dans les parkings privés ouverts au public. En 2026, l’aide représente 30 à 50 % du coût d’installation selon la puissance des bornes et le type de site. Les parkings de bureaux accessibles aux visiteurs sont éligibles sous conditions.

Le dispositif des Certificats d’Économies d’Énergie (CEE) permet de bénéficier de primes versées par les fournisseurs d’énergie en contrepartie d’investissements dans l’efficacité énergétique. L’installation de bornes de recharge entre dans ce cadre dans certaines configurations, notamment pour les bâtiments tertiaires.

Plusieurs collectivités territoriales complètent ces aides nationales : les régions Île-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes et Occitanie proposent des dispositifs propres, accessibles via les chambres de commerce et d’industrie locales. Il vaut la peine de s’y renseigner avant de lancer un projet, car ces aides locales peuvent faire basculer la rentabilité d’un investissement.

Les entreprises optimisent aussi le traitement fiscal de leurs investissements via l’amortissement accéléré et la déduction des charges d’exploitation liées aux bornes. Un expert-comptable peut affiner cet aspect en fonction de la structure juridique et fiscale de l’entreprise.

Borne à domicile ou câble connecté : quelle solution pour vos collaborateurs ?

Une approche de plus en plus répandue consiste à combiner l’équipement du parking de l’entreprise avec une aide pour équiper les salariés chez eux. C’est particulièrement pertinent pour les télétravailleurs ou les commerciaux qui stationnent peu sur le site de l’employeur.

La borne à domicile (Wallbox) offre une recharge de 7 à 11 kW, suffisante pour un plein overnight. Son coût total, matériel et pose compris, varie de 500 à 1 200 euros. L’employeur peut contribuer à ce financement, et cette contribution est exonérée de charges sociales dans les conditions prévues par l’administration.

Le câble connecté avec remboursement est une alternative plus simple : le salarié recharge chez lui et l’entreprise lui rembourse les frais d’électricité sur une base forfaitaire ou réelle. Des solutions logicielles permettent de mesurer précisément l’énergie consommée pour le véhicule de fonction, ce qui facilite la facturation entre les parties.

Pour les salariés qui n’ont pas de garage ou d’emplacement de stationnement privatif, les solutions domestiques ne sont pas viables. Dans ces cas, l’accès à une borne sur le lieu de travail devient la seule option réaliste. L’entreprise qui ne prévoit rien risque de voir ses salariés refuser les véhicules électriques proposés dans la flotte, freinant ainsi l’atteinte de ses propres objectifs de décarbonation.

Se faire accompagner par des experts

Face à la complexité technique, réglementaire et organisationnelle, de nombreuses entreprises font appel à des opérateurs spécialisés en mobilité électrique d’entreprise. Ces prestataires proposent des offres clés en main : audit du site, dimensionnement du projet, installation par des techniciens certifiés IRVE, puis gestion quotidienne via une plateforme de supervision dédiée.

Les acteurs du secteur vont des grands énergéticiens (TotalEnergies, EDF Solutions, Engie) aux spécialistes de la mobilité d’entreprise comme Driveco, Beev ou Izivia. Des formules de location ou de financement étalé permettent de limiter l’investissement initial et de transformer le projet en charge d’exploitation récurrente.

Un accompagnement professionnel sécurise aussi les aspects juridiques souvent négligés : rédaction d’une charte d’utilisation des bornes, définition des responsabilités en cas d’incident, intégration dans le règlement intérieur, et conformité avec les obligations d’affichage tarifaire sur les bornes accessibles aux salariés. Les politiques mobilité électrique font désormais partie des avantages que comparent les candidats à l’embauche, au même titre que d’autres dispositifs recensés chez les grands employeurs, comme les avantages salariés chez Airbus ou dans d’autres groupes industriels de premier plan.

Les entreprises qui équipent leur parking d’une borne de recharge suivent les mêmes règles que les particuliers pour le choix de la puissance et de l’installateur : le détail est expliqué sur devis-borne-recharge-electrique.fr.

Questions fréquentes

Est-il possible de recharger sa voiture électrique au travail ?

Oui, à condition que l’entreprise dispose de bornes ou de prises adaptées et que l’employeur autorise leur utilisation. Il n’existe pas de droit automatique à la recharge pour le salarié : c’est l’employeur qui fixe les règles d’accès, idéalement dans une charte ou un accord d’entreprise. Si votre entreprise n’est pas encore équipée, mobilisez votre CSE pour porter ce projet auprès de la direction avec un dossier chiffré.

Est-il possible de recharger gratuitement sa voiture au travail ?

Pour un véhicule de fonction électrique, la recharge sur les bornes de l’employeur est généralement prise en charge par l’entreprise et n’est pas considérée comme un avantage en nature imposable selon les règles URSSAF en vigueur. Pour un véhicule personnel, la participation de l’employeur aux frais de recharge peut être exonérée de charges sociales dans le cadre du forfait mobilités durables. La gratuité totale pour les véhicules personnels reste rare et doit impérativement être formalisée pour éviter tout risque fiscal lors d’un contrôle.

Comment recharger sa voiture électrique quand on n’a pas de garage ?

Plusieurs solutions s’offrent à vous. Recharger sur le lieu de travail, si l’entreprise est équipée, reste la plus pratique et la plus économique. Les bornes de recharge publiques situées dans les parkings de centre-ville, les supermarchés ou les stations-service constituent une alternative accessible. Si vous habitez en copropriété, le droit à la prise issu de la loi de 2010 vous permet de demander au syndic l’installation d’une borne individuelle dans le parking de l’immeuble, sauf opposition motivée de l’assemblée générale des copropriétaires.

Comment recharger ma voiture sur une borne publique ?

La plupart des bornes publiques fonctionnent avec un badge ou carte d’abonnement fourni par un opérateur de mobilité électrique (Chargemap, Freshmile, TotalEnergies Recharge, Izivia), ou via une application mobile. Depuis juillet 2023, la réglementation européenne impose l’itinérance entre réseaux, ce qui permet d’utiliser un seul badge sur plusieurs enseignes. Le paiement sans abonnement par carte bancaire sans contact est obligatoire sur les bornes de puissance supérieure à 50 kW depuis fin 2024. Pour un usage professionnel, votre employeur peut vous fournir une carte de recharge dédiée avec facturation centralisée.